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La situation est calme, nous pouvons travailler comme auparavant. La semaine dernière tous les prêtres du diocèse étaient réunis autour des deux évêques. Le thème était la relecture des événements de 16 et 17 janvier. Un professeur d’université, musulman, marié à une catholique, ce qui lui a fait dire qu’il a vécu ces événements de l’intérieur, a essayé de nous dire un peu la genèse de cette folie destructrice.

Depuis une vingtaine d’années l’islam n’est plus ce qu’il était auparavant. Il y a moins de foi, le m’as-tu vu l’emporte, des influences nombreuses viennent de l’extérieur… Nos confrères plus âgés et qui sont les vieux du Niger confirment cette pensée. Cette journée a permis à ceux et celles qui ont vécu ces événements en direct de vider un peu leur sac; les sentiments qui reviennent souvent sont; la peur, l’impuissance, la révolte, l’incompréhension face à l’absence d’intervention des autorités qui ont été contactées de multiples et multiples fois en vain. Les résultats des réponses à la question: quelle Église pour le Niger demain ? nous aideront à mettre en place en octobre le plan quinquennal de la pastorale du diocèse. A cette occasion les évêques nous ont présenté la situation des dons reçus. Soit ici sur place, mais surtout de l’extérieur (personne ne pense que le gouvernement participera aux réparations malgré la promesse faite). 

                      Ces dons ont permis d’aller au plus pressé :

équiper nos 5 paroisses de bâches, de chaises et de bancs pour la célébration dominicale à l’extérieur,

remettre l’eau et l’électricité dans les 6 paroisses (ils avaient été volontairement détruits par les asseurs),

acheter une voiture d‘occasion pour les sœurs OCPSP qui ont tout perdu et logeaient à l’archevêché,

acheter 5 ordinateurs, avec imprimantes, pour les 5 curés des paroisses,
pour leur permettre de recommencer à travailler,

former 22 personnes de nos communautés paroissiales aux techniques de sécurité,

faire une expertise avec un huissier de nos dégâts matériels qui s’élèvent à 2 millions d’euro,

rehausser les murs d’enceinte de la cathédrale, blinder les portes, hisser des barbelés à la manière des camps militaires,
faire appel à des contingents de policiers pour sécuriser nos espaces alors que nous voudrions être,
comme nous l’avons été, au cœur d’un peuple, à ciel ouvert.

Ces précautions sont prises car nous apprenons à vivre avec la peur qu’un jour, à nouveau, ces manifestations violentes se répètent car la majorité silencieuse semble approuver tacitement ce qui s‘est passé. Les musulmans qui ont regretté ces faits atroces ne sont pas nombreux. Nous continuons notre travail missionnaire avec la conviction renouvelée que le Christ a le droit d’être proclamé et vécu sur cette terre d’islam. Je vous remercie pour la solidarité que vous avez exprimée spontanément pour nous venir en aide (paroles de Mgr Michel Cartateguy). Notre supérieur sma régional, qui habite Cotonou, a profité de cette circonstance pour venir nous visiter. Ce qui domine pour nous, dans nos desiderata, c’est: Quand aurons-nous la relève? Ou bien : Pouvons-nous espérer du renfort? Questions qui en général n’ont pas beaucoup de réponses. 

La vie continue
Ça y est: les chambres et bureaux sont maintenant fonctionnels. La semaine dernière, il y avait l’équipe qui a creusé et construit la fosse septique et le puisard. Le plombier a achevé l’installation. J‘ai insisté pour que ce soit fini avant le 22 mars. A cette date nous avons accueilli le stage de formation des 50 animateurs pastoraux des quatre paroisses du secteur: C’est la première fois que nous répondons au souhait de ces animateurs de venir à Torodi. Les autres lieux en alternance étaient Bomoanga ou Makalondi. Nous profitons des vacances des élèves, les internats seront libres et les chambres permettront d’accueillir les formateurs. Il y aura le problème d’eau ! Le service de la ville ne peut plus assurer, les nappes phréatiques sont trop basses. Il faut se lever à 4 heures du matin pour remplir les tonneaux de 200 litres. La pression est insuffisante pour alimenter le château d’eau. Comme il y a dans le secteur une équipe de géophysiciens, je leur ai demandé de faire les études pour savoir si on peut avoir un forage sur le terrain de la mission. C’est fait : ils ont précisé deux lieux possibles comme ils le font toujours. Il y aura le forage si les finances le permettent. Nous sommes en pleine chaleur. Elle étouffe parfois. Mais on y arrivera comme les années précédentes. J’ai repoussé les baptêmes d’adultes pour le mois de mai, le temps de catéchèse ne suffit pas, à mon avis.

François Moulin, sma