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François du PenhoatPartir en Afrique commence par les préparatifs qui vous font déjà saliver. Il me faut donc aller au Consulat du Bénin pour le visa. On n’y va pas inquiet comme beaucoup de demandeurs de visa de par le monde, mais plutôt tracassé par des petits détails : est-ce que je vais attendre beaucoup, est ce qu’il me manquera une pièce et je devrais revenir, etc. ?

Un visa assez facile à avoir
Bien entendu, j’ai pris tout l’attirail de celui qui va rester longtemps en salle d’attente mais je ne regarde que vaguement mon livre, le spectacle est dans la salle : on est assis sur des chaises en file comme au cinéma mais au lieu d’écran il y a 3 guichets. Une femme européenne, au pantalon fait de pagne africain, m’explique dès mon arrivée que l’on fait la demande ici et on paie à la caisse, là ! Elle veut probablement montrer qu’elle est une habituée des voyages au Bénin. Elle a bien « la tête » de la femme leader d’une association humanitaire où quelque chose comme ça.

Le choc de l’éducation moderne
Il y a beaucoup de familles : des béninois dont les enfants sont nés en France et qui doivent demander des visa pour revenir au pays de leurs parents. Un papa s’indigne, il doit donner une autorisation pour que ses enfants voyagent. Il relève l’absurdité de la demande du fonctionnaire : « mais je vais voyager avec eux ! » Rien n’y fait ! Heureusement, il y là un homme au cartable bien rempli qui lui donne une feuille de papier blanc pour écrire cette fameuse autorisation de voyager pour ses enfants. Le clou du spectacle arrive quand un jeune se présente au guichet, il a un pantalon « basse taille » qui laisse voir le slip sur les fesses. Un vieux papa bien mis, cravate et casquette écossaise, genre intellectuel béninois parisien lui adresse la parole du fond de la salle dans un français exquis des anciens béninois : »Jeune homme, vous n’avez pas honte de nous présenter vos fesses comme cela ? Aller d’abord vous habiller correctement avant d’aller au guichet ! » Tout le monde approuve le commentaire du vieux et ajoute le sien à voix haute. Le jeune garçon essaie de remonter en vain ce fameux pantalon et finit par s’éclipser discrètement. Je me dis que je suis déjà au Bénin, là où la parole d’un vieux a encore du poids…

Retour au pays
Quelques jours plus tard, me voilà à Cotonou, dans la cohue du tapis roulant à bagages : univers familier avec toujours ce petit moment d’angoisse de tout voyageur : est-ce que mes valises sont là ? Mon confrère Augustin a envoyé « son porteur » de l’aéroport me rencontrer. Il prend en charge le chariot slalomant entre les uns et les autres pour ne pas attendre trop longtemps et pouvoir retrouver la cohue de Cotonou en soirée, faite de taxi motos qui filent et se faufilent entre les voitures.
Les élections présidentielles attirent toute l’attention
Le lendemain, il faut faire les opérations de base : acheter une bombe anti moustique, on ne sait jamais qui on va trouver en arrivant dans une chambre et des cartes Sim pour le téléphone et l’internet. J’arrête chez un petit revendeur auprès du marché : il y a là une femme qui vend des légumes en allaitant son enfant. Le revendeur n’a pas exactement ce qu’il faut et il va aller le chercher chez un collègue. Pendant ce temps, quelqu’un vient pour recharger son téléphone mais le revendeur n’est pas là, il attend sans rien dire, je sens le brusque changement culturel. Il interpelle la vendeuse de légumes, rejointe par une autre vendeuse de tongue. Ils parlent en fon avec au milieu des mots français. Il s’agit de politique, il est question du « yovo » (le blanc). Je comprends qu’il s’agit de Zinsou, le candidat aux élections présidentielles. La vendeuses de légumes doit être de Porto Novo et suit « Adrien » (Hounbedji pour les initiés) qui appelle à voter « Lionel ». Les autres lui disent selon ce que je comprends par les mots français qui émaillent le fon et par les expressions que c’est un français et on a eu l’indépendance : pourquoi les français se mêleraient-ils encore de politique béninoise ? La femme semble répondre qu’on en a marre de ces politiques qui parlent et se servent pour eux sans s’occuper de l’intérêt du pays… Les gens viennent recharger leur portable et une presque file se forme devant la cahute de mon vendeur de téléphone. Le débat se passionne. Je vois que Cotonou est majoritairement « anti-Lionel ». On s’insulte, on rit… Enfin, mon petit vendeur revient avec mes 2 cartes Sim, il sert tous ses clients qui ont attendu patiemment et je continue mon chemin.
À suivre...

François Du Penhoat, sma