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Après la retraite, je pars pour Bori voir un de nos confrères : Michel Bonnemaison. Il est revenu au Bénin après plusieurs années en France, à la direction du musée africain puis en paroisse. A 74 ans, il a accepté de revenir ici.

Bori est une paroisse nouvelle, né de la partition de l’ancienne paroisse de Wenou ; maintenant, les villages sont moins loin du centre, les plus éloignés étant à une cinquantaine de kilomètres. Michel est content de son retour au Bénin. Il partage son activité entre la paroisse où il y a cinq assez grosses communautés pour la zone (plusieurs centaine de personnes dans chacune) et tout un ensemble où il y a un travail missionnaire à faire. L’autre partie de son temps est consacré à l’enseignement : année propédeutique, formation des catéchistes dans le diocèse et retraites et formations aux religieuses.

Michel et ses leadersLes responsables viennent saluer 
Le soir, les principaux responsables des communautés viennent me saluer. Ce sont tous des vieux bariba qui ont été à la base des communautés chrétiennes, il y a 30 ans. Ils en ont vu de toutes les couleurs, l’époque de la révolution au Bénin puis une succession de prêtres qui n’ont pas toujours été présents dans cette partie éloignée de leur paroisse. Maintenant, ils sont contents de »leur vieux », ils ont un prêtre à demeure et c’est bien. Ils viennent souvent le saluer, le voir et l’accompagner. Pour qu’il ne se sente pas trop seul. Il souligne que pour vraiment réaliser tout ce qu’il y a à faire, il faudrait un jeunes prêtre aussi : les jeunes sont très nombreux, peut-être deux cent chrétiens au CEG qui n’attendent qu’une chose : avoir une aumônerie qui marche, sans compter tous les immigrants qui sont arrivés par ici, la plupart se disant chrétiens mais pas vraiment évangélisés…

À 11 ans la fillette fait la maîtresse de maison
Il a un cuisinier attentif et serviable à qui il a appris à conduire, qu’il l’accompagne dans ses voyages. Il vit dans cette même maison. Michel trouve cela rassurant d’avoir quelqu’un à côté. Le soir de mon arrivée, j’entends des bruits de poules qui essaient de s’échapper ; je comprends que c’est le dîner de l’hôte qui est en train de se préparer. Plus tard, je vois la fillette de 11 ans en train de plumer une poule et de l’ébouillanter ! Vraiment, je suis dans un autre monde où les enfants participent au monde des adultes. Un chien est là, attentif, probablement en train de rêver aux restes qui vont lui échoir ensuite.

Il ne faut pas décevoir les fidèles
Michel me parle de son travail pastoral : la chance qu’il a avec ses présidents de communautés et les catéchistes, comment il fait attention à que chacun participe au travail d’évangélisation. Jusqu’à présent, ce sont surtout eux qui ont mené les communautés, il ne faudrait pas que, avec la venue d’un prêtre sur place, ils n’aient plus rien à faire. Il voit l’ampleur du travail mais aussitôt dit sa joie d’être revenu travailler là : ces gens attendaient quelque chose, il ne peut les décevoir ! Il faut connaître les limites de chacun et les accompagner pour qu’il donne le meilleur de lui-même…

Groupe d'élèves au presbytèreDes communautés chrétiennes qui débordent des églises
Le lendemain, Michel m’emmène à Péréré pour la fête paroissiale. Je retrouve un univers familier où j’ai vécu presque dix ans. Il y a là Dominic, un jeune indien qui est « l’ancien » ici, après 7 ans en pastorale et un nouveau venu : Damian du Nigéria. Il y a aussi un stagiaire mais il n’est pas là ces jours-ci. L’après-midi, Dominic m’emmène voir 2 communautés chrétiennes. La première est juste à quelques kilomètres de Péréré ; je pensais qu’on allait saluer les responsables mais je trouve tout le monde assemblé dans l’église. Il y a là les trois catéchistes, le président, et des jeunes. On se salue et ils me racontent comment va la communauté. Ça progresse, il y a des gens de Péréré qui viennent chez eux à la prière le dimanche, il y a beaucoup de jeunes même si aujourd’hui tous ne sont pas là. Ils me montrent leur problème : l’église, construite il y a 20 ans est devenue bien trop petite ! Pourtant elle paraissait démesurée quand on l’a construite… Ils pensent faire des ailes sur les bas-côtés mais ils n’en n’ont pas les moyens pour l’instant.

Après cela, on va dans une autre communauté. La nuit est tombée, de ces nuits froides de janvier où le thermomètre peut baisser jusqu’à 15° ! Les femmes arrivent couvrant leur bébé au dos d’un pagne contre le froid, les hommes sont déjà là, lavés et propres. C’est une époque de peu de travail dans les champs et ils terminent leur journée de bonne heure. Dominic m’a expliqué qu’ils sont passés par un drame : une jeune chrétienne a été accusée de sorcellerie, on voulait l’expulser du village ; ça a divisé toute la communauté. Il a dû appeler l’évêque. Certains disaient que si on commence à voir des sorciers partout, c’est la fin du village, que l’accusation est injuste, etc. D’autres unissaient leurs voix à celle de la majorité, contente d’avoir trouvé une raison à tous leur maux. Les choses se sont un peu calmées mais ils sont passés par un moment très difficile.

Ils me parlent de leur communauté, ils ont envoyé deux jeunes se forme au centre des catéchistes cette année, les activités ont repris, etc. Ils ne parlent qu’à demi-mot de qu’ils ont vécu, de cette division, c’est une source de honte pour eux… Ici aussi, l’église est trop petite. Ils me remercient d’être venu, ça aidera à panser les plaies et à continuer à vivre selon le chemin de Jésus.

Une nouvelle génération
Le lendemain c’est aussi la messe solennelle avec tout le monde. Avant cela il y a une conférence donnée par Damian. Je suis surpris de voir toute l’allée centrale de l’église remplie de jeunes : vraiment les choses ont changé ici et une nouvelle génération émerge, qui a suivi l’école et peut donner un nouveau dynamisme au pays. Auront-ils du travail ? Y aura-t-il assez de terre à cultiver pour tout le monde ? Ce sont des questions qui demeurent… Le soir, nous voilà de nouveau à Nikki où nous rejoint Johnson, notre confrère nigérian de Kalalé, ils sont Cinq jeunes, de cette nouvelle génération de missionnaires partageant le même esprit et une grande fraternité, ça réchauffe le cœur.

À suivre...

François Du Penhoat, sma