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Le lendemain, je reprends la route avec une voiture prêtée par les pères de Nikki et chauffeur mécanicien. Nous voilà à Kandi chez notre « vieux ». Ici tout le monde l’appelle « toko Isaki » (le vieux Jacques). Jacques Jullia réside ici depuis douze ans.

C’est le lieu du pèlerinage diocésain où se retrouvent les chrétiens du diocèse chaque année en février. La maison est adossée à une colline pierreuse située à quelques kilomètres de la ville de Kandi, dernière grande ville avant la frontière sur la route du Niger.

Jacques approche des 50 ans de mission au pays bariba: il a vu bien des changements : certains superficiels comme les soubresauts politiques, d’autres plus profonds qui ont touché la vie économique du Nord du pays tels que la culture du coton et l’introduction du travail avec les bœufs dans les années 70 ou plus récemment la scolarisation massive ; d’autres changements concernent l’Eglise et surtout après des années sans trop de résultats, il a vu l’explosion des communautés chrétiennes. Pendant plusieurs années, il a été responsable du centre de formation des catéchistes où il a eu un rôle clé pour former des leaders pour ces nouvelles communautés naissantes et vicaire général du diocèse de Kandi. Il parle le bariba avec les expressions des anciens et connaît bien les coutumes. Aujourd’hui, il est surpris de voir une grande recrudescence des sociétés secrètes, anciennes ou nouvelles et même de la sorcellerie : elles veulent détruire les personnes pour en faire des marionnettes au service des chefs de ces sociétés, c’est un engrenage, de peur, de pouvoir d’argent et de domination qu’il est très difficile d’attaquer parce que tout se joue dans l’ombre... Et les gens se taisent à cause de la peur !

JuliaSoigner la souffrance des gens
Actuellement, le principal ministère du P. Jacques Jullia est l’écoute, la prière et l’attention à chacun pour guérir les souffrances de ceux qui sont victimes de ces sociétés secrètes, ou souffrent de maux plus simples et qui viennent à lui, qui pour demander une prière, qui une orientation, qui un exorcisme. L’année dernière, il a reçu plus de 1200 personnes, chacune avec sa part de douleur et de tourment, de peur ou d’inquiétude.

Des filles qu’on veut mettre dans des sociétés secrètes
Il garde dans sa maison un groupe de jeunes filles, chacune d’entre elle ayant passé par des temps difficiles suite à un empoisonnement ou un rapt par une de ces confréries ou bien encore quelque autre maux où se mêlent le physique, le spirituel ou des pratiques magiques ; en ce moment, elles sont six. D’autres filles, après avoir passées plusieurs mois, voire années chez lui prennent petit à petit leur autonomie et vivent dans des familles avant le grand saut de l’autonomie totale : Le P. Jacques les aident pour qu’elles suivent des études ou fassent un apprentissage afin de tourner la page de ces années douloureuses.

Chacune est une histoire différente mais beaucoup de ces parcours ont des traits communs. Un parcours très classique est le suivant : une écolière adolescente tombe malade, d’une maladie « bizarre » qui ne répond pas aux médicaments, quelqu’un suggère un guérisseur qui connaît cette maladie et on l’envoie chez lui : en général, elle a été droguée une première fois et celui qui doit réparer la maladie est complice de l’autre et termine le travail de destruction de la personne avec forces de boissons, scarifications et autres traitements. Souvent la famille ou quelqu’un dans la famille est complice ; dans ce cas c’est plus difficile de s’en sortir…

Tout le monde a peur de cela et il est difficile de trouver quelqu’un qui ait le courage de la retirer du guérisseur, les menaces pleuvant contre celui qui oserait le faire. Ce sont parfois les parents, parfois les catéchistes ou les présidents de communautés qui le font ou bien la fille elle-même arrive à s’échapper.

C’est ce genre de filles qui retrouvent avec soulagement la maison du Père Jacques. Elles y sont accueillies, écoutées et traitées. Jacques n’a pas une seule recette, il sait que ce sont des choses difficiles à guérir, il va envoyer la nouvelle venue à l’hôpital pour voir s’il y a quelque chose de détraqué, les ulcères à l’estomac sont fréquents à cause des produits qu’on leur fait ingurgiter ; ensuite il passe du temps à écouter et aussi en prière avec chacune d’elle. Il y a tant de choses qui sont détruites avec le physique, qu’il faut tout reconstruire petit à petit. On peut rester plusieurs années ici, la patience est aussi une base de la récupération.

Quand ça va mieux, Jacques envoie la jeune fille à l’école pour qu’elle puisse continuer ses études ou bien lui trouve un apprentissage. Un jour, l’une d’entre elle apporte un plat qu’elle a cuisiné, signe qu’elle veut remercier le père Jacques devant moi, en honorant son hôte. Elle a une nouvelle vie, parait rayonnante, est aide-soignante, elle qui a passé par un long calvaire mais elle doit faire encore attention.

Pourquoi les hommes veulent augmenter le Mal ?
Jacques est aussi exorciste. Il dit que la sorcellerie est pire que les affaires des jeunes filles… Pourquoi les hommes ajoutent-ils encore à la souffrance humaine qui se trouve déjà un peu partout ? Avec Jacques, nous allons à l’hôpital du diocèse puis chez les sœurs de la Retraite chrétienne, originaires de Besançon et aussi sur la tombe d’un de nos confrères, Jo Neyme, mort il y a quelques années ici.

À suivre...

François Du Penhoat, sma